Le peintre Christos Kyriazis

Exposition a la gallerie d' art Art Zone 42

C'EST SUREMENT CELA, LA PEINTURE

 

C'est une illusion de croire qu'un tableau est immobile. C'est un geste a l'etat pur. Rien de naif ou de magique dans ces archetypes trop humains pour etre des idoles. Dans son travail, le peintre n'obeit qu'a la hierarchie du coeur. Ici l'inconnu n'est plus anonyme. Il s'integre dans une configuration nouvelle du sacre. Sans resignation ni revolte, l'individu s'inscrit dans cette masse dont il est issu, a la fois protectrice et figee dans son imploration muette.

 

Il s'agit de la stele des oublies. Heros malgre eux, emigres ou martyrs sans palmes. Nos doigts sont leurs yeux, nos ombres leurs voix. Ils ne sont rien sans cette protestation d'innocence. Ils ne seraient vivants que d'etre deux fois morts, si mourir etait cette recomposition de la matiere, cette entree dans un autre temps qui serait celui de la peinture, dans ce qu'on pourrait appeler une poursuite de la vie par d'autres moyens.

 

Ce temps-la est donc bien le notre, mais surtout ces corps tant ou trop aimes, aussi dechus soient-ils ou faillis, n'ont rien perdu de leur presence a travers leur disparition. Si leur vie se presente comme une acceleration de la matiere, elle ne ferait ici que se prolonger en changeant, a travers lignes et couleurs, d'echelle de corporalite. Ce qu'on peut discerner, dans le prisme inspire de CHRISTOS KYRIAZIS, sous l'invisible ecran de ce theatre d'ombres, c'est que la marche du destin ne s'acheve pas avec nous.

 

Sa transfiguration sous la main du peintre est l'?uvre d'une destinee collective. Comme si notre vie en contenait une autre, dont nous etions aujourd'hui, pris dans le bruit et le nombre, la matiere premiere. C'est aussi une marche contre le destin, parce qu'il est aveugle. Une marche deja commencee sous nos yeux incredules, pour se liberer du hasard, sur lequel se resserre le regard du peintre pour en dejouer la necessite.

 

Il ne s'agit pas d'un simple jeu de contrastes ou de lumieres, mais de donner corps a l'espoir. Les personnages de ce recit sans parole n'ont pas d'explication a donner. Ils sont a eux seuls toute l'histoire. Leur immobilite ne les empeche pas d'avancer, lis ne se contentent pas d'attendre, mais refusent la fatalite. Ils franchissent les frontieres de la raison sans craindre desir ni regret, sans exclure angoisse ou pitie.

 

Dominique Grandmont, le 21 mars 2011

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